Rééquilibrage de perception
L'engouement
L'engouement, dans la méthode Demartini, est le déséquilibre de perception vers le haut : ne voir que les qualités d'une personne, l'idéaliser et se placer au-dessous d'elle.
Le déséquilibre vers le haut : ne voir que les qualités, idéaliser, se placer au-dessous.
L'engouement a si bonne presse qu'on hésite à le ranger parmi les déséquilibres. Admirer, s'enthousiasmer, se sentir soulevé par quelqu'un — n'est-ce pas une belle chose ? John Demartini ne le nie pas. Mais il observe que l'engouement, lorsqu'il devient une manière de voir, déforme le regard tout autant que son contraire. Voir trop de qualités chez l'autre, c'est encore voir faux — et, sans le vouloir, se diminuer soi-même.
Comprendre l'engouement
L'engouement, dans la méthode Demartini, désigne une perception déséquilibrée vers le haut : nous percevons chez une personne — ou une situation — beaucoup plus de positif que de négatif. Ses qualités nous éblouissent ; ses ombres deviennent invisibles, ou bien nous les excusons à mesure qu'elles apparaissent. Le regard penche, et il penche du côté lumineux.
Ce penchant a une conséquence immédiate, et elle est moins douce qu'il n'y paraît. Plus nous élevons l'autre, plus nous nous abaissons. Le piédestal sur lequel nous le plaçons creuse, en dessous, la place où nous nous tenons. L'engouement n'est donc pas seulement une admiration : c'est une comparaison silencieuse où nous sortons perdants. C'est l'un des deux visages opposés du déséquilibre, l'autre étant le ressentiment.
On reconnaît l'engouement à ce qu'il fatigue, malgré son apparence agréable. Idéaliser demande un travail constant : il faut détourner les yeux des défauts, réinterpréter les déceptions, maintenir l'image intacte. Et cette image, parce qu'elle est fausse, finira toujours par se fissurer. L'engouement n'est pas un état stable — c'est une tension qui s'ignore.
L'engouement dans les relations et au travail
Dans une relation, l'engouement empêche la rencontre. On n'aime pas vraiment la personne réelle ; on aime l'image qu'on s'en est faite. L'autre le sent, souvent : il se sait admiré pour une moitié de lui-même, et il pressent que la déception viendra le jour où l'autre moitié se montrera. L'engouement promet beaucoup et prépare, sans le vouloir, une chute.
Dans la vie professionnelle, ce déséquilibre se loge un peu partout. C'est le mentor qu'on n'ose plus contredire, le modèle qu'on imite au lieu de chercher sa propre voie, le client prestigieux devant qui l'on brade ses tarifs. Chaque fois, l'engouement nous fait abandonner quelque chose de notre propre valeur — non par lâcheté, mais parce que le regard, déséquilibré, ne la voit plus.
Pour un coach, un thérapeute, un dirigeant, repérer l'engouement chez soi est essentiel. L'accompagnant qui idéalise son client cesse de lui dire les vérités utiles ; le dirigeant qui s'engoue d'un collaborateur cesse de voir ses limites. Mais repérer l'engouement chez l'autre compte tout autant : la personne qui arrive en idéalisant quelqu'un porte presque toujours, en miroir, une part d'elle-même qu'elle a cessé d'honorer.
Le piège de l'engouement
Le piège propre à l'engouement, c'est qu'il se déguise en vertu. Le ressentiment, lui, se sait inconfortable — on sent bien qu'en vouloir à quelqu'un n'est pas un état désirable. L'engouement, au contraire, se présente comme de l'amour, de l'humilité, de l'enthousiasme. On ne songe pas à le rééquilibrer, puisqu'il a l'air d'une bonne chose.
Or l'engouement n'est pas l'amour. L'amour véritable voit l'autre entier et l'aime ainsi ; l'engouement n'en voit qu'une face et redoute secrètement l'autre. Ce que Demartini appelle ici un déséquilibre se relie directement à la hiérarchie des valeurs : nous nous engouons souvent de qui semble incarner ce que nous valorisons le plus, et qui nous semble le réussir mieux que nous. L'admiration excessive est, au fond, une manière de nous dire que nous ne sommes pas à la hauteur.
Comprendre cela ne demande pas de cesser d'admirer. Il s'agit de transformer une admiration qui diminue en une reconnaissance qui relie. On peut tenir une qualité de l'autre en haute estime tout en voyant aussi ses ombres — et tout en retrouvant, en soi, cette même qualité sous sa forme propre. L'engouement rééquilibré ne s'éteint pas : il devient une relation d'égal à égal.
La pratique du rééquilibrage de l'engouement
Rééquilibrer un engouement consiste à chercher, avec honnêteté, la face que l'on ne veut pas voir. Quelles sont, concrètement, les limites de cette personne tant admirée ? Où son comportement m'a-t-il déjà déçu, ou m'a-t-il coûté ? Et de l'autre côté : où, dans ma propre vie, ai-je déjà manifesté la qualité que je lui envie ? Ces questions ne cherchent pas à démolir l'autre — elles cherchent à le rendre humain, et à me rendre à moi-même.
Ce travail demande du tact, surtout envers soi. Il ne s'agit pas de basculer dans la déception, ni de remplacer l'idéalisation par le mépris — ce serait seulement changer de déséquilibre. Il s'agit de tenir, ensemble, les qualités et les limites, jusqu'à ce que l'image se pose et que la personne réelle apparaisse. Alors la comparaison cesse, et avec elle la diminution de soi.
C'est ce rééquilibrage délicat que La Guilde des Alchimistes accompagne : aider une admiration qui vous abaisse à devenir une relation qui vous tient debout. L'engouement n'est pas une faute ; c'est un regard à compléter. Pour comprendre comment ce déséquilibre s'inscrit dans la démarche entière, vous pouvez parcourir le rééquilibrage de perception.
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